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Notre coup de coeur

Ardoise sculptée monumentale, monogramme gravé en bas à droite.

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Raoul Ubac

Ardoise sculptée monumentale, monogramme gravé en bas à droite.

Coup de coeur Juin 2022

« Je suis parti. Un premier pas, un second. Terre à terre. Face à face. J'ai marché sur les sentiers, les traverses et les routes. Il était temps, maintenant, de se dépouiller complétement, de se mettre à nu, » écrit Raoul Ubac, encore jeune homme.
La rencontre de Raoul Ubac avec l'ardoise est certainement un acquiesement du destin, une quête d'absolu révélée sur la fragilité extrême d'un matériau ! C'est au sortir de la guerre, en 1946, lors d'un séjour en Haute-Savoie, qu'il ramasse un éclat d'ardoise qui affleure sur son chemin, la forme l'attire ; à l'aide d'un vieux clou, l'artiste grave un dessin sur cette surface sombre et pourtant lumineuse. De fines strates se libèrent, des nuances de gris et de bleus plus ou moins profonds se révélent. Le matériau le fascine et il ne l'abandonnera jamais. Il trouvera de l'ardoise essentiellement dans les Ardennes, à Thélazé, et près d'Angers, à Bel Air, mais aussi dans les régions du Sauerland, de l'Eifel et de la Moselle.
Avec l'expérience, tous les possibles s'offriront à lui. D'abord travailler à plat, sur de petits formats, le relief, les formats s'agrandissent, viendront les sculptures bi-faces et le monumental s'avèrera possible. De ses coupes, de ces ciseaux, d'instruments souvent rudimentaires ou parfois inventés naissent des formes, de ces formes jaillissent la vie par la lumière et les reflets. Raoul Ubac aime le silence et les mots qu'il entend venus de la bouche cousue des pierres lui parle. « Tout est trace, écrit-il, sillon, marque, piste. Dans la lumière qui vibre, chacun se tient pour toujours. C'est ainsi ».

Qui mieux que le poète André Frénaud écrivit sur le rapport de Raoul Ubac avec l'ardoise (in « Ubac et les fondements de l’art », Ed. Maeght,1985) :
Pourquoi précisément l’ardoise ? Pourquoi ce minéral, jusqu’alors jugé peu digne d’être porteur d’un grand dessein artistique ? Curieusement c’est assez tard qu’Ubac a découvert l’ardoise, / … / il y ménage des plans et des facettes. Et voici que dans cette pierre austère, fermée sur elle-même comme un livre défendu, un certain bleu apparaît à différents étages, qui joue avec le noir et va lui permettre, il le pressent, de constituer des formes où le lumineux et le funèbre, le lumineux et le plus tangible, pourront se composer, quelle que soit la dimension de l’objet produit, sigle ou temple…

Si ce matériau l’a touché tellement, c’est qu’il contenait ce qu’il fallait pour permettre à Ubac, étant l’homme qu’il est, de réaliser ce qu’il cherche à voir dans ce qu’il tâche de faire… et qu’il lui arrive en effet parfois, de reconnaître dans un tableau ou une sculpture sortis de ses mains. Il n’est pas étonnant non plus que ce soit ailleurs, plus tard, qu’un artiste s’aperçoive combien étaient adaptés à sa « vision » la plus incertaine et la plus exigeante, des éléments de la réalité qu’il a eus sous les yeux pendant toute l’enfance. Eh! Oui, le bleu n’était pas sûrement pas si bien caché qu’Ubac n’ait pu le rencontrer dans les ardoises de ses Ardennes natales!

En vérité, c’est dans ce pays où les mondes celtiques et germaniques se conjoignent, qu’il s’est d’abord appris à découvrir, parmi les rochers et les grands arbres, une certaine image du monde et de l’aventure pour l’homme de s’y conduire. Image qu’il donnera à reconnaître dans son oeuvre. Je songe au besoin d’aller ailleurs qui l’a poussé dans les années 35 à quelques longues randonnées à travers l’Europe ; besoin qui ne va pas sans une insatisfaction de se trouver là, partout où l’on est - ce qui veut dire, en fin de compte, tel que l’on est. Il y a aussi la fascination et la menace des masses sombres, le tracé imprévisible, imperturbable, du sentier, avec l’émerveillement toujours possible d’une clairière dans la ténébre.


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